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Les Seigneurs de Soudan au XVIIe siècle


Rédigé par Franck Tessier le Vendredi 23 Avril 2010 à 23:35 | Lu 4314 fois

Nous nous sommes quittés l’an passé, avec René du Bouschet (1) , seigneur de Soudan au nom de ses enfants mineurs lors du décès de leur mère Renée Liboreau(2), dame de la Garenne et autres lieux. Il épouse en secondes noces le 30 janvier 1600, Anne Chenu(3).


De son premier mariage naissent deux enfants, Pierre en 1583 dont nous parlerons plus bas, et Françoise en 1592 qui décède dès ses premiers jours4. Du second mariage naît en 1600 une autre Françoise, qui épousera le 7 juillet 1618, Pierre de Champagné, chevalier, Sgr de la Motte-Ferchaud, de la Lizière, etc., chevalier de l’ordre du Roi, Capitaine et Gouverneur de la ville de Château-Gontier5. René, quatrième enfant, naît et décède en 1601, son parrain est François Bitault, seigneur de Chisé et de la Foresterie, Conseiller du Roy en sa Cour du Parlement et des registres du Palais à Paris, un pesonnage influent. Enfin un cinquième enfant, Roch, naît en 1604 et décède lui aussi nourrisson. Sur l’acte de baptême de ce Roch, on voit une autre relation influente de son père René : Roch Lezot, écuyer, sieur de la Ville-Geffray et du Vaurozé, secrétaire du connétable de Montmorency.
Pierre du Bouschet , fils aîné de René, seigneur de la Cour-de-Soudan et de La Garenne, devient comme celui- ci Conseiller au Parlement de Bretagne (1609-1620), puis Président à mortier au Parlement de Bretagne (1620-1621)6. Il épouse Epouse vers 1605, Françoise Huart, fille de François Huart (1562-1623) seigneur des Noës, du Boschet et de La Grande Rivière, notaire-secrétaire à la Chancellerie de Bretagne (1594), payeur des gages au Parlement de Bretagne, greffier criminel au Parlement de Bretagne. De ce riche mariage naissent René et Madeleine qui décèdent enfants, et Marguerite qui hérite de la seigneurie de Soudan à la mort de son père en 1621.
Marguerite du Bouschet, épouse le 6 janvier 1622 en la paroisse Saint-Jean de Rennes, Louis Le Cousturier, seigneur de Chambrette et Conseiller en la Court du Parlement de Bretagne. De cette union naîtrons : Magdeleine, qui épousa le 13 juin 1654 Arthur Lebreton de la Villandry, seigneur du Pordo. Puis en secondes noces, Pierre Beschais, seigneur de La Place. René Le Cousturier, écuyer, Seigneur de Soudan, de la Garenne, de Saint-Pater, de la Bouexière, des Chambrettes, etc., et Conseiller en la Court du Parlement de Bretagne. Il épouse en premières noces Françoise de Saint-Martin, fille unique et héritière d’Olivier, seigneur de Fescal et de Quintillie en Péaule, du Helfau en Elven, de Kerpont d’Armes, de la Jaleusie et de Teixon en Guérande. Puis, en secondes noces, il épouse le 28 février 1661 Guyonne-Anne de Boterel de Quintin, vicomtesse d’Apigné près de Rennes. Il fit rebâtir le château de la Garenne en 1649, comme le prouvait une inscription visible sur la façade sud : « Advit nobilinimus Renatus Coutereus, filius nobilis et clarinimi Ludovici Couturei, apud armoricos in senater supremo consilarii. - 1649 – ». Le seigneur de Soudan ne vivait plus alors que quelques jours par an dans son château de la Garenne.
Le reste du temps il habitait Rennes avec sa famille. « René Le Cousturier, frère de Madeleine, conseiller au parlement et seigneur de la Garenne (c’est-à-dire de Soudan) était aux prises avec un endettement sans remède, dans lequel la construction du château7 avait dû avoir sa part, mais qu’il nourrissait lui-même surtout des factures impayées des « marchands de draps de soye » de Rennes, et des rentes ruineuses qu’il créait pour en racheter d’autres plus anciennes (les plus anciennes dataient de 1623 ou 1627). Nous voyons clairement en son cas le processus cumulatif qui gonflait peu à peu naturellement les dettes, quand on tardait à les acquitter : en 1656, quand il voulu franchir une rente de 200 livres par an, créée en 1627 par son père (pour un capital de 3 200 livres), il dut emprunter 4 650 livres de René de Lopriac, car il avait des arrérages à payer ; et désormais la rente nouvelle à payer était de 290 livres. En 1654, il avait emprunté 4 800 livres de la dame des Aulnais le Godinec (par obligation…il en était là, lui aussi) ; comme il ne put en payer les intérêts, ce fut Jacques Denyau, seigneur de la Cochetière, lequel lui avait servi de caution, qui paya à sa place ; cela faisait donc un deuxième créancier pour la même dette. Mais lorsqu’en mai 1659 il put rembourser Denyau, il dut évidemment ajouter, aux 1 100 livres dues pour cinq ans d’intérêts, les 400 livres correspondant aux intérêts des intérêts avancés, et ceux-là avaient été calculés au denier 11, et non au denier 16. Comme René Cousturier n’avait évidemment pas que ces dettes là, qu’il avait autant de mal à rembourser toutes les autres, et que cela durait depuis longtemps, on s’acheminait vers la ruine. Les terres angevines de Méral et Pinguenet furent d’abord vendues, dans les années 1650, pour 30 000 livres, à Lefebvre de Laubrière8, puis sans doute celle de Chambrette, puis
en 1662 quatre métairies du domaine de la seigneurie de Soudan, au même Lefebvre. Enfin la seigneurie proprement dite de Soudan (= la Garenne), en justice, en 1666, à Martin des Hurlières, pour 159 000 livres9. Cette histoire s’apparente à ce que connaissait la moyenne noblesse par l’importance des terres qui furent concernées. Pour le reste, Le Cousturier (d’une noblesse ancienne) était un parlementaire, c’est-à-dire qu’il était d’un autre milieu. Mais les voies qu’il avait suivit vers la ruine furent celles que tous pouvaient emprunter, et que beaucoup effectivement empruntaient. On pouvait même le faire dans la noblesse la plus modeste10… » René Le Cousturier, fut maintenu d’ancienne extraction noble en 1671, avec son fils René-Gaspard. Il décéda le 15 septembre 1701 à Rennes. Le nouveau propriétaire de la Garenne, et donc seigneur de Soudan, Gilles Martin de la Marandais, seigneur des Hurlières (en Châtillon en Vendelais), était issu d’une famille bourgeoise de Vitré, son père, conseiller du roi et receveur des décimes en l’évêché de Rennes, fut anobli en 163811. Conseiller au parlement de Bretagne, Gilles Martin de la Marandais entre au service du duc de Rohan en 1662. Il revend la seigneurie de la Garenne et son château en 1690 à Claude Tranchant du Tret, seigneur du Tret en Saint-Evarec (Finistère) et de Froidefontaine, pour 92 220 livres: … contrat judiciel fait par messire Claude Tranchant chevalier seigneur du Tret et de Soudan, de la terre et seigneurie de la Garenne en Soudan, dépendant de la succession beneficiaire de deffunt messire Gilles Martin de la Maurandaye vivant chevallier seigneur des Hurelières conseiller à la Cour, vendüe a la dilligence de dame Charlotte Martin… l’adjudication fut faite le dixneuvième avril mille six cent quatre vingt quatre au dit seigneur du Trait, à la somme de quatre vingt douze milles deux cents vingt livres12. A l’aube du XVIIIe siècle, nous nous quittons avec cette puissante et riche famille, les Tranchant du Tret, qui possèderons la seigneurie de Soudan pendant une soixantaine d’année, jusqu’au mariage de Gilette Tranchant du Tret avec Jean-Jacques de Talhouët- Bonamour … à l’an prochain !


1 En gras, les seigneurs successifs de Soudan.
2 Renée Liboreau, fille de Pierre Liboreau et Jeanne Le Vayer. Voir bulletin municipal 2009.
3 Voir bulletin municipal 2009.
4 ADLA E 2227. (GG 2. Registre.) et Registres paroissiaux de Soudan (1550-
1597)
5 Recueil de généalogies pour servir de suite au Dictionnaire de la Noblesse, tome XV, Paris, 1786, p. 183
6 Frédéric Saulnier, Le parlement de Bretagne 1554-1790, Rennes, 1991.
7 Ce château, qui eut très peu d’équivalent de son importance, sous la baronnie, au XVIIe siècle, fut sans doute plutôt construit Louis Cousturier (mort en 1648) et achevé par son fils René.
8 ADIV, 4 E 160
9 ADIV, 4 E 133, 137, 145, 159, 160, 161 et 4 E 648, 652, 658, 659, 663, 665, 667,
… On peut sans difficultés retracer l’histoire de cette ruine avec les minutes notariales rennaises. La terre avait bien failli passer à Jacques Amproux, sieur de l’Orme, qui n’avait sûrement pas prêté à notre homme sans arrière-pensée, 51 000 livres en 1659-1661 (ADIV, 4 E 663), en même temps qu’il rachetait diverses obligations qui traînaient de tous côtés. Mais Jacques Amproux fut entraîné dans la chute du surintendant Fouquet, et il n’était plus là lorsque le sort de la seigneurie de Soudan fut scellé, en 1666.
10 Antoine Pacault La baronnie de Châteaubriant aux XVIe et XVIIe siècles, Thèse de doctorat Paris-Sorbonne, Paris IV, Tome IV, pp. 854-855.
11 ADLA. B 77
12 ADLA 1 J 674, Acte du 23 juin 1701




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